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La course à l’espoir

Cette lettre est la suite de mon récit personnel. Tu peux relire le premier épisode ici :

Ce que je n'ai jamais osé raconter


Pendant des années, je n’avais compté que sur les traitements prescrits par les médecins.

Lorsqu’on est malade, on consulte. Le médecin cherche la cause et propose un traitement.

C’était ainsi que mes parents m’avaient appris à prendre soin de ma santé. Et cela me paraissait parfaitement logique.

Un jour, mon médecin traitant m’a dit :

« Il faudrait que vous veniez plus souvent. »

Je l’ai regardé avec stupéfaction.

J’étais jeune et je ne comprenais absolument pas ce qu’il voulait dire.

Pourquoi serais-je venue le consulter à un moment où je n’étais pas malade ?

Pour moi, le médecin intervenait lorsqu’un problème était déjà installé. L’idée de prévention ou de suivi global ne m’était pas familière.

Lorsque l’on est jeune, on pense facilement que le corps retrouvera seul sa vitalité.

Lorsque l’on devient mère, on repousse encore davantage. On s’occupe des enfants, de la maison, du travail puis on retarde jusqu’au moment où attendre n’est plus possible.

Je savais que j’étais souvent malade.

Je voyais bien que les bronchites, les sinusites, les allergies, les pneumonies et la fatigue n’étaient pas des problèmes successifs.

Mais je ne savais pas encore comment regarder l’ensemble.

Au bout de quelques années, j’ai découvert des revues consacrées à la santé.

Je me suis abonnée.

J’ai commencé à découvrir des sujets dont je n’avais presque jamais entendu parler : les micronutriments, l’inflammation, le microbiote, le fonctionnement du système immunitaire, les effets du stress prolongé, les plantes médicinales.

Je ne disposais pas encore des outils nécessaires pour hiérarchiser tout ce que je lisais.

Mais, pour la première fois, j’entrais dans les mécanismes.

J’ai testé quelques plantes réputées soutenir l’immunité.

Au début, les résultats ont été excellents.

Je tombais moins souvent malade. Je récupérais mieux. Après toutes ces années, c’était une immense amélioration.

J’avais enfin trouvé quelque chose qui semblait m’aider.

Pour éviter de prendre continuellement le même produit, je faisais des rotations. J’essayais également de ménager des pauses.

Mais lorsque j’arrêtais, je retombais malade au bout de quelques jours.

Puis, progressivement, les effets ont diminué.

Il a fallu augmenter les doses pour obtenir le même résultat. Ensuite, même les doses plus élevées ont moins bien fonctionné.

Les plantes pouvaient m’aider.

Elles étaient devenues une béquille dont je ne pouvais plus vraiment me passer.

Mais une béquille ne répare pas ce qui oblige à s’appuyer sur elle.

Béquille appuyée contre un mur dans une pièce ensoleillée

Rien ne remplace un médecin qui accepte de réfléchir à un cas particulier et de faire profiter son patient de son expérience.

J’avais déjà consulté en vain plusieurs médecins. Cependant j’avais toujours espoir d’en trouver un qui pourrait faire avancer mon dossier.

Ce médecin, je pensais l’avoir trouvé.

Il était très réputé et avait largement dépassé l’âge habituel de la retraite. Des patients venaient de toutes parts pour le consulter.

Le principal obstacle n’était pas médical.

C’était sa femme.

Elle le trouvait âgé et déjà beaucoup trop sollicité. Elle lui avait donc demandé de ne plus accepter de nouveaux patients.

Mais ce médecin avait bon cœur.

Lorsqu’une personne l’abordait dans la rue et lui racontait son cas avec détresse, il lui accordait toujours un rendez-vous, au grand désespoir de sa secrétaire.

De mon côté, j’avais réussi à obtenir une consultation grâce à quelqu’un qui le connaissait bien.

Avant même de le rencontrer, il avait toute ma confiance.

Je suivrais son traitement, c’était certain.

J’ai garé ma voiture devant une petite maison au crépi délavé, dont les abords semblaient peu entretenus.

Une plaque apposée à l’extérieur confirmait que je ne m’étais pas trompée.

Dans la salle d’attente, plusieurs personnes étaient déjà installées.

On m’avait prévenue : même avec un rendez-vous, l’attente pouvait facilement durer quatre heures.

Sur l’une des chaises se trouvait un coussin réservé au chat.

L’animal entrait et déambulait librement parmi les patients.

Enfin, ce fut mon tour.

Je me suis retrouvée devant ce grand médecin, attentive au moindre de ses gestes.

Qu’allait-il me dire ?

Je lui ai exposé mon histoire médicale.

Il m’a écoutée, puis examinée.

Je me suis ensuite rassise, attendant la suite.

Il s’est retourné.

Et il m’a tendu un livre.

« Dans les cas comme le vôtre, j’obtiens de bons résultats avec le régime cétogène », m’a-t-il dit.

Le livre expliquait le régime cétogène et proposait des recettes. (Le régime cétogène est constitué d’une alimentation pauvre en glucides et riches en matières grasses.)

Je l’ai regardé, atterrée.

J’avais attendu ce rendez-vous avec impatience.

J’avais imaginé des examens complexes, une maladie rare ou un traitement auquel personne n’avait encore pensé.

Et lui me tendait un livre de recettes.

Dans ma tête, les objections se bousculaient.

Je ne suis pas venue pour faire un régime cétogène.

C’est précisément LE régime que je déteste.

On ne peut pas manger de fruits.

Ce n’est certainement pas sain de se priver ainsi.

Je veux un diagnostic et un traitement.

Je me suis bien gardée de lui dire tout ce qui me traversait l’esprit.

Aujourd’hui, lorsque je repense à cette scène, je mesure l’écart qui existait entre ce que ce médecin essayait de me proposer et ce que j’étais capable d’entendre.

Ma déception était compréhensible avec les connaissances que j’avais alors.

Mais ce médecin avait vu quelque chose de juste.

Bien plus tard, je comprendrais que le régime cétogène était précisément l’une des recommandations les plus cohérentes dans mon cas.

À ce moment-là, pourtant, je ne pouvais pas le savoir.

Je cherchais le nom d’une maladie.

Il me proposait de modifier en profondeur le carburant apporté à mon organisme.

Je cherchais un traitement qui viendrait corriger une anomalie clairement identifiée.

Il me parlait d’une intervention alimentaire dont je ne comprenais ni la logique ni la portée.

Je n’étais pas opposée à faire des efforts.

J’en avais déjà fait beaucoup.

Mais pour accepter une contrainte aussi importante, j’avais besoin de comprendre pourquoi elle pouvait m’aider.

Or je n’avais reçu qu’une recommandation.

Il me manquait le raisonnement qui l’aurait rendue intelligible.

Une réponse peut être juste et rester inutilisable lorsqu’elle n’est pas accompagnée de l’explication qui permet de lui donner du sens.

Le médecin m’a tout de même proposé de revenir pour effectuer une prise de sang à son cabinet. Les prélèvements devaient être envoyés dans un laboratoire en Allemagne.

Cette proposition me convenait déjà mieux.

Elle aboutirait peut-être à ce diagnostic que j’attendais toujours.

Lorsque j’ai téléphoné pour fixer le rendez-vous, la secrétaire m’a annoncé que le médecin était souffrant.

Il est décédé quelques semaines plus tard.

Le livre était resté comme le symbole d’une réponse qui ne correspondait pas à ma question.

Je ne comprenais pas encore que le problème venait peut-être aussi de la manière dont je formulais cette question.

Je demandais :

« Quelle maladie ai-je ? »

Il aurait peut-être fallu demander également :

« Qu’est-ce qui empêche mon organisme de retrouver durablement son équilibre ? »

Les années suivantes, j’ai continué à chercher.

Pendant douze ans, j’ai lu et j’ai testé presque sans relâche.

Mon mari manquait de s’évanouir en découvrant le montant des commandes que je passais chaque mois auprès de différents laboratoires.

On dit que l’espoir fait vivre.

Moi, je dirais aussi que l’espoir fait vendre.

Lorsque l’on vit depuis longtemps avec un problème que personne ne parvient vraiment à expliquer, on devient particulièrement sensible aux promesses.

Une page de vente raconte qu’une personne a résolu tous ses problèmes de santé en modifiant une seule habitude.

Une autre formation promet enfin de révéler le mécanisme caché derrière des années de symptômes.

Et, forcément, cela fait rêver.

Lorsque l’on est désespéré, on cherche la possibilité que sa vie change.

J’ai acheté des dizaines de formations consacrées à la santé.

Je ne dirais pas que j’ai gaspillé mon argent.

J’ai énormément appris.

Je me suis habituée à écouter des conférences de médecins, à comprendre leur vocabulaire et à suivre des raisonnements de plus en plus complexes.

Ce qui me désespérait, c’est que rien ne semblait fonctionner durablement chez moi.

Je regardais les personnes autour de moi vivre normalement sans prendre de compléments, sans suivre de régime particulier et sans consacrer leurs soirées à lire sur le fonctionnement du système immunitaire.

Pendant ce temps, j’avais beau faire tous les efforts du monde, je revenais toujours au même point.

Je trouvais une nouvelle piste.

Elle produisait parfois une petite amélioration.

Je commençais à espérer.

Puis l’effet s’atténuait.

Alors je recommençais.

Une autre conférence.

Une autre formation.

Un autre produit.

Une autre explication.

Chaque fois, je pensais peut-être avoir trouvé la pièce manquante.

Puis je découvrais que cette pièce n’assemblait pas tout le puzzle.

Main posant une pièce dans un puzzle

Cela ne signifiait pas nécessairement que chaque piste était fausse.

Certaines m’aidaient réellement.

Mais elles n’agissaient que sur une partie du problème ou pendant un certain temps.

Moi, je continuais à attendre la solution qui expliquerait tout.

Je pensais qu’une cause unique devait se trouver derrière l’ensemble de mon histoire.

Une cause qui relierait les infections, la fatigue, les allergies, les glaires et cette difficulté permanente à récupérer.

Il suffirait de la découvrir.

Alors tout rentrerait enfin dans l’ordre.

Je ne savais pas encore qu’un état chronique peut se construire à l’intersection de plusieurs mécanismes.

Certains sont anciens. D’autres apparaissent plus tard.

Certains restent relativement stables, tandis que d’autres varient avec le sommeil, l’alimentation, les infections, les déficits ou la charge quotidienne.

Une intervention peut améliorer une partie de l’ensemble sans suffire à restaurer tout ce qui a été fragilisé.

Ma compréhension du corps s’est construite ainsi.

Lentement.

Par fragments.

Au fil des lectures, des erreurs, des améliorations passagères, des déceptions et des liens que je commençais à établir entre des connaissances jusque-là séparées.

Je croyais chercher la bonne solution.

En réalité, j’apprenais peu à peu à poser de meilleures questions.

Et je commençais à comprendre quelque chose d’essentiel :

Recevoir une recommandation ne suffit pas toujours.

Pour la suivre avec constance, pour en accepter les contraintes et pour savoir quand persévérer ou quand la remettre en question, nous avons besoin d’en comprendre la logique.

La prochaine fois, je te raconterai comment certaines réponses sont revenues plusieurs années après m’avoir été proposées.

Et si cette lettre fait écho à ton histoire, je serais heureuse de te lire.


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Cécilia

Pour Essalya

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