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Préserver sa richesse

Ce que l’on oublie quand tout va bien.


Lire ces lignes, c’est déjà choisir de ne plus subir.


Un homme prend rendez-vous chez son médecin. 

Il n’a pas de plainte particulière. Il va même bien.

 Il ne vient pas pour faire renouveler son traitement. 

Il vient pour faire le point.

 Cet homme s’appelle Warren Buffett.

 Rien d’extraordinaire. 

Et pourtant, pour beaucoup d’entre nous, consulter quand on va bien paraît inutile. 

On a l’impression qu’il faudrait une raison valable.

 Une douleur. Quelque chose qui justifie le soin. 

Nous avons appris que le corps méritait de l’attention quand il est malade. 

Tant que tout semble encore fonctionner, on continue. On compose avec la fatigue. On banalise les petits dérèglements. On appelle cela la vie.

 Ce réflexe est culturel.

 Et c’est là que se creuse un fossé. L’un attend la panne pour agir. L’autre observe l’équilibre avant qu’il ne se rompe. 


Ce raisonnement, Warren Buffett l’a formulé à sa manière, sans jamais parler de bien-être.

 Il rappelle qu’on peut remplacer presque tout dans une vie : une maison, une entreprise, un portefeuille. 

Sauf une chose. Son corps. Le seul actif non renouvelable. Celui qu’on ne peut ni diversifier, ni sécuriser ailleurs. 


Ce regard change tout. 

Parce qu’il ne parle ni de peur, ni de maladie, ni de performance. Il parle de temporalité. Et c’est précisément ce déplacement de regard qui sépare deux cultures de la santé.


 On en trouve une illustration très concrète dans le monde du sport de haut niveau. 

LeBron James est l’un des joueurs de basket les plus durables de l’histoire de la NBA. Plus de vingt saisons au plus haut niveau, dans un sport exigeant, violent pour le corps, soumis à une pression constante. 

Il a connu le sommet très tôt. Et il y est resté longtemps. Il allait bien.

 Personne ne lui demandait de ralentir. Son corps tenait. Ses performances étaient là.

 Mais lui savait une chose : ce n’est pas quand le corps cède qu’il faut changer le rythme. C’est bien avant. 

Alors il a protégé son sommeil. Il a refusé certains engagements. Il a organisé ses journées autour de la récupération, alors même que rien n’allait mal. Avec le recul, on comprend qu’il n’agissait pas par peur de la blessure.

 Il agissait par lecture du temps. Il savait que la panne ne prévient pas. 

Elle s’installe lentement.


 On trouve l’exemple inverse chez certaines personnalités pour qui tout allait bien. 

Le célèbre acteur Will Smith a longtemps incarné la réussite totale : énergie, discipline, corps entraîné, carrière florissante. 

Tout semblait lui réussir. Alors il a continué. À tenir. Jusqu’au moment où ce ne fut plus possible. 

Ce qu’il a décrit par la suite était un effondrement intérieur : fatigue mentale profonde, perte de sens, anxiété. 

Le corps avait tenu. Le mental avait pris le relais. Trop longtemps. Comme beaucoup, il avait appris à confondre endurance et équilibre.

 C’est souvent ainsi que la panne survient. Parce qu’on a trop longtemps cru que tenir signifiait aller bien.


 On le voit aussi très nettement chez certains responsables politiques âgés, restés intellectuellement opérationnels très tard. 


Angela Merkel a dirigé l’Allemagne pendant seize ans, jusqu’à près de soixante-dix ans, sous une pression politique continue.

 Ce qui frappait ses interlocuteurs n’était pas sa vivacité spectaculaire mais sa stabilité mentale.

 Mémoire précise. Décisions posées. Capacité à traverser les crises sans agitation inutile.

 Rien de flamboyant. Rien de démonstratif.

 Son entourage racontait surtout une chose : un rythme extrêmement régulier, peu de débordements émotionnels, des temps protégés, et une grande sobriété dans sa vie quotidienne. 

Elle n’a pas attendu l’épuisement pour réajuster. Elle n’a pas attendu la perte de clarté pour protéger son rythme.

 Elle a organisé sa vie pour durer intellectuellement. C’est une autre façon d’agir avant la panne. Plus discrète. Mais tout aussi décisive. 


Quand on aime quelqu’un,
on ne s’en occupe pas seulement quand il va mal.
On fait attention à lui quand il va bien.
On observe ce qui change.
On n’attend pas que la relation se détériore
pour se demander ce qui cloche.
Peut-être que prendre soin de son corps commence là.
Dans une forme d’attention continue,
semblable à celle que l’on accorde
à ce qui nous est vraiment précieux.
C’est une autre façon d’être en relation
avec son corps,
et avec le temps.

Ce que tu comprends devient ta force.


Cécilia


Pour Essalya 



📘 Synthèse 

🔹 Nous avons appris à nous occuper de notre santé quand le corps dysfonctionne, rarement quand tout semble encore tenir.

🔹 Ce réflexe n’est pas médical : il est culturel. Il nous pousse à attendre la panne plutôt qu’à observer l’équilibre.

🔹 Certaines trajectoires montrent pourtant une autre logique : agir quand tout va bien, protéger le rythme avant l’usure, ajuster avant la rupture.

🔹 La panne ne surgit presque jamais brutalement. Elle s’installe lentement, quand l’on confond endurance et équilibre.

🔹 Prendre soin n’est alors ni une peur, ni une performance mais une question de temporalité et d’attention continue.

🔹 Comme dans toute relation précieuse, ce n’est pas l’urgence qui fonde le soin mais la présence avant que quelque chose ne se défasse. 🪷 Le soin ne commence pas quand le corps est en détresse.
Il commence souvent bien avant, dans la manière dont on choisit d’y prêter attention.
 




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