
Pourquoi le corps a besoin d’un temps de mise en route avant les repas.
À 6 heures du matin, Jeanne rallume le feu dans la cuisine.
Pas pour préparer le petit-déjeuner.
Le feu a servi la veille, il servira encore aujourd’hui. À côté, une marmite est déjà en place.
Il reste un fond de liquide brun, épaissi par la cuisson de la veille.
Jeanne ajoute de l’eau, glisse quelques os mis de côté après le repas d’hier, une carotte, un oignon.
Puis elle laisse faire. La marmite restera là toute la journée.
Pendant que Jeanne part travailler, pendant que les enfants vont et viennent, pendant que la maison vit.
À midi, ce liquide sert à cuire des légumes.
Le soir, il devient une soupe.
Le lendemain, il aura épaissi, presque gélifié. Jeanne cuisine pour ses enfants.
Pour sa mère, qui mange lentement depuis quelque temps.
Et parfois pour le voisin d’à côté, affaibli par une maladie, à qui elle apporte un bol encore chaud. Personne ne parle de nutrition.
Personne ne parle de digestion.
On mange et la journée continue.
🌿 En bref aujourd’hui :
🧠 On sort du réflexe qui consiste à attendre de la digestion qu’elle fonctionne toute seule.
📘 Si tu es pressé, un résumé express est disponible en bas de page.
Quelques générations plus tard, Paul vit dans un appartement chauffé.
Il mange à des heures fixes, souvent pressé.
Il a accès à une alimentation variée, à des produits dits « équilibrés ».
Il arrive aussi qu’il prenne des compléments. Pourtant, certains repas le laissent lourd.
Son ventre réagit.
Des aliments simples deviennent difficiles à tolérer.
Ce qui a changé entre Jeanne et Paul n’est pas un ingrédient précis.
C’est une étape entière du repas qui a disparu. Chez Jeanne, les repas arrivaient sur une digestion déjà soutenue.
Avant le plat, il y avait déjà quelque chose de chaud, de liquide, de longuement cuit.
Le corps ne partait jamais de zéro.
Le système digestif commence alors son travail en douceur,
puis il devient plus efficace parce qu’il a déjà été mis en route.
Cette nourriture était déjà transformée par la cuisson.
Une partie de ce qu’elle contenait était passée dans le liquide. Ce liquide, c’était le bouillon.
Chez Paul, les repas arrivent autrement.
Le premier contact avec la nourriture est souvent un aliment solide.
Parfois sec.
Parfois mangé vite. Il n’y a plus cette étape intermédiaire.
La digestion doit tout prendre en charge d’un coup. Avec le temps, les repas laissent une trace.
Une lourdeur.
Un inconfort.
Parfois une fatigue immédiate.
Parfois une réaction plus tardive, difficile à relier au repas lui-même. Alors on ajuste.
On restreint certains aliments.
On modifie, on teste, on compense parfois avec des compléments. Mais l’étape manquante, elle, n’est pas réintroduite.
Jeanne, sans le savoir, modifiait la façon dont le corps entrait dans le repas.
Quand une nourriture arrive sous forme solide,
la digestion commence par un travail mécanique et chimique important.
Il faut fragmenter, acidifier, transformer.
Dans le cas du bouillon, une partie de ce travail est déjà faite. La cuisson longue a extrait des éléments des os et des tissus.
Ces éléments sont dissous dans le liquide.
Ils n’ont plus besoin d’être “cassés” pour être utilisés.
Pour le tube digestif, la différence est nette. Un liquide chaud stimule doucement l’estomac.
Il favorise la sécrétion des sucs digestifs sans la brusquer.
Il humidifie le contenu digestif, ce qui facilite la suite du processus. Au niveau intestinal, ce type de nourriture est particulièrement bien toléré.
Elle ne demande pas d’effort excessif pour être assimilée. C’est pour cela que le bouillon était donné aux enfants,
aux personnes âgées,
et à celles dont le corps était affaibli. Non pas parce qu’il “soignait”,
mais parce qu’il passait.
Une autre différence importante concerne les protéines. Dans le bouillon, une partie des protéines est déjà passée dans le liquide,
sous forme de gélatine et d’acides aminés simples.
Elles sont plus faciles à utiliser que des protéines compactes,
comme celles d’une viande sèche ou grillée. Cela réduit le travail digestif,
et limite la sensation de lourdeur après le repas.
Enfin, il y a l’effet sur la paroi intestinale. La muqueuse intestinale est un tissu vivant,
en renouvellement constant.
Elle a besoin de matériaux simples et disponibles pour se maintenir. Le bouillon apporte précisément cela :
des éléments faciles à absorber,
dans un milieu chaud et hydratant.
Ce n’est pas un stimulus.
C’est un soutien.
Ce que Jeanne faisait sans le savoir,
c’était offrir au corps une digestion préparée,
avant même que le repas commence. Et Paul n’a plus aujourd’hui cette étape de transition.
Lire ces lignes, c’est déjà choisir de ne plus subir
Autrefois, il était là presque naturellement.
Aujourd’hui, il faut le recréer volontairement, mais simplement. La première possibilité est de le boire tel quel.
Une petite tasse suffit.
De préférence en dehors des repas ou en début de repas.
Ce moment apporte quelque chose de chaud et de fluide
avant que la digestion ne commence vraiment.
Le corps ne part pas à froid.
Le bouillon peut aussi s’intégrer directement aux repas. Il peut servir à cuire le riz, le quinoa ou d’autres céréales.
Il peut devenir la base d’une soupe simple,
ou être ajouté à des légumes déjà cuits. Dans ces cas-là, il ne s’ajoute pas au repas.
Il en fait partie.
En réalité, on peut très bien en prendre peu,
ou seulement de temps en temps.
Ce qui change les choses,
c’est de remettre une transition avant le repas. Un liquide chaud.
Longuement cuit.
Facile à assimiler.
Chez certaines personnes, cette simple réintroduction suffit
à rendre les repas plus tolérables.
Chez d’autres, elle permet de poser une base
avant d’aller plus loin.
Ce n’est pas une solution miracle.
C’est parfois ce que le corps laisse encore entrer.
Il n’y a pas une recette compliquée.
Il y a surtout quelques points clés à respecter. On commence par les os.
Ils peuvent s’acheter en boucherie.
Ils peuvent aussi venir des repas du quotidien : carcasse de poulet, os après un plat mijoté.
Je les mets de côté, au congélateur, et je les utilise quand j’en ai suffisamment. Les os sont placés dans une grande marmite.
On ajoute quelques légumes simples :
un oignon, des carottes, du céleri branche ou un poireau.
Certains mettent des fanes d’oignons ou des pieds de brocolis. On couvre largement d’eau froide.
Puis on ajoute un peu de vinaigre de cidre.
pour aider à extraire ce qui est contenu dans les os. On porte à frémissement, puis on laisse bouillonner doucement.
Le feu doit rester très bas. Pour un bouillon de volaille,
4 à 6 heures suffisent en général.
Pour des os plus denses, comme le bœuf ou l’agneau,
on peut laisser cuire 8 à 12 heures, parfois davantage si on le souhaite.
Ce qui compte,
c’est la cuisson lente,
et le temps laissé au liquide pour extraire ce qu’il contient. À la fin, on filtre.
Le bouillon peut être clair ou légèrement trouble,
et il se gélifie en refroidissant.
C’est normal.
Une fois filtré, il est préférable de laisser le bouillon refroidir rapidement,
puis de le transvaser dans des contenants propres. Au réfrigérateur,
il se garde quelques jours.
En général, 3 à 5 jours sans problème. On peut le réchauffer au moment de l’utiliser,
ou l’intégrer à une préparation.
Le bouillon peut être congelé en portions :
dans des bocaux en verre adaptés,
ou dans des petits contenants, par exemple un bac à glaçons. Il se conserve ainsi plusieurs mois. Cette organisation permet de ne pas avoir à en refaire trop souvent.
On prépare une fois,
on utilise ensuite au fil des semaines.
Un point important concerne la tolérance digestive. Chez certaines personnes sensibles,
un bouillon conservé longtemps au réfrigérateur
peut devenir moins bien toléré. Dans ce cas,
il est préférable de congeler le bouillon rapidement,
et de le décongeler au fur et à mesure des besoins.
Chez certaines personnes, la consommation de bouillon fait une différence nette. Il est souvent très utile chez les enfants.
Leur système digestif est encore en construction.
Ils mangent parfois vite, parfois peu, parfois de façon irrégulière.
Un liquide chaud et simple avant ou pendant le repas
peut rendre l’ensemble beaucoup plus facile à gérer pour leur corps.
Il est aussi précieux chez les personnes âgées.
Avec le temps, la digestion devient moins efficace.
Les repas peuvent fatiguer.
L’appétit diminue parfois, sans que les besoins disparaissent. Le bouillon apporte quelque chose de nourrissant
sans demander un effort digestif important.
Il passe là où d’autres aliments passent mal.
En période de convalescence,
après une maladie, une intervention, une grande fatigue,
le corps a besoin d’énergie,
mais il n’a pas toujours la capacité de digérer des repas complets. Le bouillon permet de recommencer à nourrir
sans brusquer.
Il est enfin particulièrement utile
chez les personnes qui présentent des troubles digestifs fonctionnels. Quand les repas laissent une lourdeur,
quand certains aliments deviennent difficiles à tolérer,
quand la digestion semble fragile sans cause clairement identifiée,
le bouillon peut servir de base transitoire pour soulager
et permettre au système digestif de fonctionner dans de meilleures conditions.
Dans ces situations,
il s’agit d’un apport simple, accessible
et le plus souvent bien supporté.
Personne ne demanderait à une voiture froide
de rouler immédiatement à plein régime. Pourtant, c’est souvent ce qu’on attend du système digestif. Le bouillon prépare la digestion. Pris avant le repas,
il permet au corps de se mettre en route.
Intégré au repas,
il en adoucit le passage. Dans les deux cas,
il remet une étape intermédiaire
avant l’effort digestif.
Ce que tu comprends devient ta force.✨
Cécilia
Pour Essalya
3. Fujihira K et al. “Consumption of hot protein-containing drink accelerates gastric emptying rate and is associated with higher hunger levels in older adults.” Eur J Clin Nutr. 2023.
🔹 La digestion ne démarre pas toute seule.
Elle fonctionne mieux quand elle est amorcée progressivement, plutôt que sollicitée brutalement.
🔹 Le bouillon est un liquide obtenu par une cuisson longue d’os et de tissus.
Il est chaud, fluide, et contient des éléments déjà passés dans le liquide, faciles à assimiler.
🔹 Autrefois, ce type de préparation faisait naturellement partie des repas.
Il préparait le corps avant l’arrivée des aliments solides.
🔹 Aujourd’hui, les repas arrivent souvent sans transition :
secs, denses, rapides, pris “à froid” par le système digestif. 🔹 Pris avant le repas, le bouillon met la digestion en route.
Intégré au repas, il en adoucit la charge et en améliore la tolérance.
🔹 Ce qui change réellement les choses,
ce n’est pas seulement ce que l’on mange,
mais la manière dont le corps entre dans l’effort digestif.
🪷 La digestion n’est pas un automatisme.
Elle se prépare.